Le signalement du pouvoir d’Alpha Condé auprès de la CPI pour violations des droits de l’homme notamment avant, pendant et après le double scrutin du 22 mars 2020, a fait tilt. Saisi le 29 avril, le Bureau de la CPI a répondu à la correspondance le 05 mai. Ce qui a poussé les autorités guinéennes, à leur tour, de charger les membres du FNDC auprès de la CPI et d’autres organisations internationales. Naturellement, les avocats du FNDC ont réagi à cette sortie à travers ce communiqué ci-dessous

« Les soussignés ont appris, par voie de presse, que le gouvernement guinéen aurait informé la CPI et d’autres organisations internationales des « agissements du FNDC ».
Cette démarche, dont ils relèvent le caractère totalement invraisemblable, veut être une riposte au dépôt, le 29 avril 2020, d’un signalement auprès de la CPI en application de l’article 15 du Statut de Rome et dont il a été accusé bonne réception.

Cette communication du gouvernement guinéen trahit une incontestable perte de sang-froid et en creux dit son inquiétude légitime face au caractère très sérieux et documenté du signalement fait par le FNDC. Il est aussi un terrible aveu d’impuissance des juridictions nationales.
Les soussignés déplorent par ailleurs ce qui constitue une vaine tentative de criminalisation du FNDC. Cette tentative, qui n’est malheureusement pas la première, doit s’analyser comme un écran de fumée pour retarder le débat judiciaire relatif aux nombreuses exactions commises.

La démarche du gouvernement ne saurait tromper personne. Il est en effet habituel, pour des régimes pris dans une dérive autoritaire voire despotique, de non seulement être dans le déni de leurs responsabilités mais d’être dans un perpétuel tropisme pour la diabolisation de ceux qui portent les accusations.

Les soussignés s’interrogent également sur la nature précise de cette communication, semblant notamment contenir des enregistrements illégaux et par conséquent obtenus au mépris des droits les plus élémentaires. Ils se réservent le droit de prendre toute initiative judiciaire appropriée.

Manifestement fragilisé par la dénonciation d’agissements d’une extrême gravité, le régime semble plus soucieux de persister dans la criminalisation de toutes les voix dissidentes plutôt que de répondre aux accusations dirigées contre lui. »

Pour rappel, le 05 mai dernier, le Bureau de la Procureure Fatou Bensouda a effectivement notifié à notre confrère africaguinee la réception du signalement fait par les avocats du FNDC.« Au titre de l’article 15 du Statut de Rome de la Cour pénale internationale, tout particulier ou groupe de particuliers de partout dans le monde peut envoyer des informations (« communications ») sur des crimes présumés au Procureur de la CPI, qui est tenue de protéger la confidentialité des informations reçues. Par conséquent, nous ne commentons généralement pas ces communications. Dans le cas précis, nous pouvons confirmer que nous avons reçu la communication en question, car l’expéditeur en a fait publiquement état »,  avait réagi le Bureau de la Procureure interpelé par notre confrère africaguinee.

Selon toujours notre confrère, le Bureau a précisé :« conformément à la pratique habituelle du Bureau, cette correspondance sera évaluée de manière indépendante et impartiale, afin de vérifier le sérieux des renseignements fournis et identifier les éléments qui semblent relever de la compétence de la Cour. Il est à noter que ce processus ne signifie en aucun cas qu’une enquête a été ou sera ouverte par le Bureau du Procureur ».

Malgré tout, à Conakry le pouvoir a tremblé face à un éventuel engagement d’enquêtes. Alpha Condé sait bien qu’il pourrait être trimballé là où ne l’ont pas échappé Laurent Gbagbo, Jean-Pierre M’Bemba et autres Charles Taylor…



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