L’artiste Guinéen Mory Kanté, décédé le 22 mai dernier, a rejoint sa dernière demeure au cimetière de Kipé ce mardi 26 mai. Auparavant, un hommage lui avait été rendu à l’hôpital sino-guinéen de Kipé. Plusieurs personnalités culturelles et politiques ont pris part à cette cérémonie. Guineedirect vous propose l’hommage que lui a rendu Tewfik Hakem, un de ses fans.

Le chanteur et musicien guinéen Mory Kanté est mort à l’âge de 70 ans ce vendredi 22 mai 2020 dans un hôpital de Conakry des suites d’une longue maladie. Ex-fan des 80’s africaines,Tewfik Hakem rappelle que le griot n’était pas seulement l’auteur d’un tube international.

Dans les années 80 on écoutait beaucoup de musiques pop africaines en France, qui s’en souvient encore ? A l’époque des Maritie et Gilbert Carpentier, cette irruption des musiques modernes venues d’anciens pays colonisés symbolisait l’arrivée de la gauche au pouvoir. Si on ne devait retenir qu’une chose des années Mitterrand-Lang, ce serait celle-là : Paris devenue  la capitale des musiques modernes africaines. La France qui diffuse dans le monde entier la pop du continent noir ! C’était un beau rêve et j’y étais.

C’est sur France Inter que je tombe pour la première fois sur le Labrador du groupe sénégalais Touré Kunda, définitivement le tube de ma première colo de vacances, et c’est en compagnie d’Alain Maneval sur Europe 1 que je découvre  la Juju Music incarnée par le guitariste et chanteur nigérian King Sunny Adé, le premier à incorporer des synthétiseurs dans des musiques traditionnelles avec son inoubliable tube Ja Funmi. Les branchouilles de Nova et d’Actuel parlaient déjà de World Music, Sono Mondiale et Grand Mix  et leur patron, l’inoubliable Jean-Françoic Bizot, n’hésitait pas a se rendre avec ses journalistes dans les endroits les plus improbables pour rencontrer les artistes de la nouvelle Afrique : la bande à Fela à Lagos; la star des étoiles et des nuits de Dakar, Youssou N’dour;  le fabuleux fabuliste de Goma Tsé-Tsé, Zao;  le rastaman lover d’Abidjan Alpha Blondy; le griot du Mali Salif Keita;  le swingman camerounais de Paris Manu Dibango;  et enfin le maître guinéen de la Kora Mory Kanté.

Pour les ex-fan des 80’s africaines, c’est un printemps noir. Coup sur coup, nous ont quitté Manu Dibango, Tony Allen, Idir et maintenant Mory Kanté.

On a beaucoup et longtemps dansé sur Yéké Yéké, le tube de l’élégant griot en boubou blanc, extrait de son bel album Akwaba Beach. Mais après une décennie yékéyéquesque on commençait a en avoir un peu marre de cette scie, mille fois reprises et diversement mal remixée. Plus le temps passait, plus le Yéké Yéké assaisonné aux sauces techno devenait l’arbre qui cachait la forêt de Mory Kanté.

De même qu’on n’emploiera jamais l’expression malheureuse de griot électrique  qui a collé et qui colle encore à l’artiste, on se gardera bien d’inclure ce Yeké Yéké dans ce top 5 des chansons de l’incontestable maître de la Kora.

1- Soundiata. Super Rail Band

Né le 29 mars 1950 en terres mandingues, à Albadaria, un petit village de Guinée, d’une mère malienne et d’un père guinéen, Mory Kanté grandit dans une dynastie de griots. Il s’initiera aux rites, à la poésie, à l’histoire et à la musique des griots sous la houlette de sa tante, à Bamako. C’est également dans la capitale malienne qu’il fera ses premiers pas en tant que chanteur et musicien, en intégrant le célèbre Super-Rail Band, d’abord en tant que joueur de balafon, puis remplaçant au chant Saleif Keita. De cette belle période de Mory Kanté, écouter ce petit bijou.

2- Mariama . Mory Kanté

En quittant Bamako, ses Cafés de la Gare et donc le Super-Rail Band, Mory Kanté s’installe en 1978 à Abidjan. C’est dans la capitale ivoirienne, en renouant avec des musiques plus ancestrales, qu’il décide de mettre l’instrument de la Kora, la harpe africaine du Mali, au centre de son dispositif musical. Avec son frère Djeli Moussa Diwara, il forme une nouvelle formation musicale pour animer les fêtes. Dans une rare émission de la télévision française, on le voit en compagnie de son frère et de la chanteuse Mah Demba. La Kora est mise en avant. Le document est ce qu’il est, mais la chanson est l’une de ses plus belles créations.

3- N’Diarabi. Mory Kanté.

Mory Kanté sera à l’avant-garde de ce qu’on appellera la World Music, dès 1981, il décide d’enregistrer son premier album solo à Los Angeles, sur le label du noir américain Gérard Chess, Ebony, Courougnègnè. Un drôle de disque qui assume le mélange des genres, de la tradition et de la modernité.

4- B.O du. Film  Black Mic Mac- Mory Kanté

Mory Kanté était un musicien africain sans papiers quand Thomas Gilou lui propose de faire la musique du générique de son film Black Mic Mac en 1985. Le chanteur et joueur de Kora apparait dans quelques scènes de cette comédie sur l’Afrique à Paris – succès populaire en France. L’année d’après il enregistre Yéké Yéké.

5- Douba. Mory Kanté

En 2017, à l’Institut du Monde Arabe, à Paris, Mory Kanté offre un de ses plus beaux concerts acoustiques, en passant de la Kora à la guitare. Emouvant.



Source link